ACCUEIL - ASA
Menu "Histoire"

Sommaire

Charles Barrois
Joseph Boussinesq
Albert Chatelet
Benoît Damien
Guy Debeyre
Marcel Decuyper
Charles Delezenne
Marie Louise Delwaulle
Marie Joseph Kampé de Fériet
Charles Frédéric Kuhlman
Robert Liébaert
Albert Maige
Alphonse Malaquin
Roger Marcel
André Martinot-Lagarde
Paul Painlevé
Pierre Pruvost
Jean Roig
Edmond Rouelle
Yvette Salez
René Swyngedauw

GRANDS SERVITEURS
DE LA FACULTE DES SCIENCES DE LILLE

Marie Joseph KAMPE DE FERIET
(1893 - 1982)

Fondateur de l’IMFL


Par G. GONTIER
M.J.Kampé de fériet

Né à Paris le 14 mai 1893, Marie Joseph Kampé de Fériet suit les cours de la Sorbonne et obtient la licence ès sciences en juin 1913, il effectue ensuite un stage à l’Observatoire de Paris où il travaille le sujet de la transmission radiotélégraphique de l’heure. Mobilisé dans l’infanterie le 11 août 1914, il obtient de l’armée un congé de convalescence durant lequel il soutient le 24 avril 1915, une thèse de doctorat sur les fonctions hypersphériques, en 1916 son affectation à la Commission d’Expériences de l’Artillerie Navale à Gâvre où il est chargé des études de balistique; c’est pour tenir compte de l’influence du milieu ambiant qu’il s’initie à l’aérodynamique, science qui commençait seulement à susciter un certain intérêt. Démobilisé le 20 septembre 1919, Kampé de Fériet est nommé Maître de Conférences à la Faculté des Sciences de Lille le 1er novembre 1919, professeur en mars 1927, titulaire de la chaire de Mécanique le 1er janvier 1930 : avec la collaboration du recteur Albert Chatelet, il avait publié en 1924 un ouvrage sur le calcul vectoriel ; il avait assuré en 1925 et 1926 un cours à l’Université des Rois Jagellons à Cracovie, des leçons à l’Ecole Polytechnique de Varsovie et à l’Université de Prague où il s’enthousiasma pour le développement nouveau, donné aux mathématiques par l’école Polonaise de Stefan Banach et Hugo Steinhaus.

En 1928, un accident d’avion où périt le Sous Secrétaire d’Etat Bokanowsky avait suscité une telle émotion dans le public qu’il fut décidé de créer un Ministère de l’Air ; son Directeur Général Albert Caquot eut l’idée d’associer l’Université au nouveau ministère et de créer quatre Instituts de Mécanique des Fluides dont un à Lille (I.M.F.L.) où la direction fut confiée à Kampé de Fériet le 1er novembre 1929. Tout de suite, le directeur de l’I.M.F.L. s’assure la collaboration de deux industries bien implantées au nord de Paris, celle de la Société Henry Potez à Méaulte pour l’aéronautique et celle des Etablissements NEU à Lille pour la ventilation et le conditionnement d’air : cette idée d’un rapprochement avec le secteur économique était alors une innovation d’avant-garde dans les milieux universitaires.

Kampé de Fériet montre des qualités exceptionnelles d’organisateur, de réalisateur, de gestionnaire, de pédagogue et de chercheur. Il complète son enseignement de base en aéro - hydrodynamique par un cycle de cours équivalents à ceux d’un diplôme d’études supérieures ; le thème est choisi parmi les sujets de recherches et change chaque année ; on peut citer comme exemple celui de la mise au point d’un anémoclinomètre enregistreur permettant de reproduire correctement des rafales d’une durée un peu inférieure à la seconde : le succès fut tel que la Météorologie Nationale et l’Amirauté Britannique passèrent commande de plusieurs appareils. Membre de la commission de la Turbulence Atmosphériques créée en 1935, Kampé de Fériet participe à ce titre aux campagnes de vol à voile du Centre Aérologique de la Banne d’Ordanche. Dans les Alpes, il utilise systématiquement les nuages comme moyen de visualisation pour étudier les mouvements de l’atmosphère ; ses campagnes de recherches sont exécutées autour du Mont Blanc et à la station scientifique du Jungfraujoch dans l’Oberland Bernois et, en 1936, sur le pic du Mont Cervin : dans ce dernier cas, les observations directes par cinématographie, confrontées avec les résultats d’essais sur une maquette disposée dans la grande soufflerie horizontale de l’I.M.F.L., vérifient de façon tout à fait remarquable les régles de la similitude dynamique. Les publications sont nombreuses en aérodynamique aussi bien qu’en hydrodynamique : on compte de 1929 à 1939 une quarantaine de mémoires et articles, ainsi qu’un ouvrage important sur les fonctions hypergéométriques de Gauss (1937). une mission au Sahara est confiée au professeur Kampé de Fériet pour étudier, en collaboration avec les services anglais, les conditions de stabilité de l’atmosphère en prévision d’attaque par le gaz. Parmi les recherches plus théoriques, on peut citer les travaux sur l’équation de Navier-Stockes pour un fluide visqueux en mouvement et sur les possibilités de ramener le problème à celui d’une équation de la chaleur. Mais le plus grand nombre des travaux a pour objet la théorie de la turbulence et ses aspects énergétiques.

Le 16 mai 1940, c’est l’exode de l’I.M.F.L. à Toulouse où les activités reprennent avec des moyens de fortune. Puis c’est le retour à Lille où Kampé de Fériet confie en 1945, la direction de l’I.M.F.L. à son collaborateur le Maître de Conférences André Martinot -Lagarde.

C’est en 1955 que Kampé de Fériet inaugure à Lille l’enseignement de la Mécanique des Milieux Continus. Il contribue aussi aux activités du Troisième Cycle, par ses exposés sur la Théorie de l’Information et la Théorie des Fonctions Aléatoires.

Peu avant la retraite qu’il accepte en 1963, et ensuite, alors qu’il est dégagé de toute obligation d’enseignement, il oriente ses recherches personnelles vers les problèmes de la turbulence en mécanique des fluides ce qui le conduit à des travaux mathématiques d’aspect parfois assez abstraits ; la mécanique statistique des fluides débouche alors sur une mécanique statistique des milieux continus, l’intention étant d’aboutir à une théorie générale des systèmes évolutifs aléatoires. Le calcul des probabilités et la théorie de l’information forment la base de tous ces travaux. Kampé de Fériet acquiert en ces années une réputation mondiale dans les milieux scientifiques où se manifeste un renouveau des concepts mathématiques. Ses conférences sont appréciées en Inde, au Japon, aux Etats Unis, à l’Université Harvard notamment, où il collabore amicalement avec le professeur Garret Birkhoff. On compte alors plus de deux cents publications en France et à l’étranger.

Le professeur Joseph Kampé de Fériet décède le mardi 6 avril 1982 à Villeneuve d’Ascq où il se trouve hospitalisé. Il laisse le souvenir d’un savant d’une grande culture, passionné d’art, d’histoire des civilisations, de musique : il fit des recherches sur le séjour à Lille de Wolfgang Amadeus Mozart en 1766. Il charmait son auditoire par ses dons innés de conteur, expliquant en termes simples les nouveautés scientifiques les plus abstraites comme en témoignent ses conférences, véritables chefs d’oeuvre littéraires, notamment les trois qui sont intitulées “Ce que la mathématique doit à Descartes -Un problème clé de l’aéronautique- sous le signe de l’accélération. Bien que parisien d’origine, Kampé de Fériet a exercé toute sa carrière à Lille, exception faite évidemment pendant l’exode à Toulouse : l’Université et la Région sont très touchées d’une telle marque de fidélité.





Valid XHTML 1.0!